vendredi 28 avril 2017

J’ai une liaison avec un dentiste

AhHA! J’ai votre attention! Mais non, je vous fais marcher. En ma qualité de bibliothécaire de liaison en médecine dentaire depuis maintenant deux ans, voici le résumé de deux séances qui m’ont intéressée. On y a décortiqué les caractéristiques de ce bibliothécaire particulier, dont le modèle de service, la description de tâches et les compétences ont bien changé à travers les ans. Toutes ces réflexions me seront fort utiles pour la rédaction en cours d’un article collaboratif sur le soutien des bibliothécaires dans l’enseignement de la médecine dentaire au Canada.

Anchors Aweigh! Navigating New Directions for Library Liaisons

J’aurais bien aimé assister à cette table ronde, qui a abordé le sujet sous trois angles. La magie du virtuel me permet d’y revenir.

Evolution of Library Liaisons

D’abord, Rebecca K. Miller et  Lauren Pressley ont discuté de l’importance d’apparier stratégiquement les activités de liaison avec les objectifs et priorités de l’institution d’enseignement. Leur présentation a repris les conclusions de leur étude de 2015 : SPEC Kit 349 : Evolution of Library Liaisons, où on a comparé les données d’un sondage récent sur les activités de liaison avec celles obtenues en 1992 et en 2007. Pour définir ce poste, on peut se baser sur les lignes directrices de RUSA (2010) ou de l’ABRC (2010) qui datent déjà un peu; en effet, les nouvelles tâches de base incluent notamment la promotion du dépôt institutionnel et la consultation sur les mesures d’impact des publications. Les répondants du sondage provenaient de 70 des 124 bibliothèques membres de l’ARL (57%). L’étude a mis en évidence que les bibliothécaires de liaison ont généralement un certain niveau d’indépendance dans la définition de leur rôle, domaines d’expertise et objectifs. Les tâches de liaison ont augmenté et se sont complexifiées, de même que la structure administrative des programmes de liaison. Les compétences des bibliothécaires de liaison recherchées actuellement sont la communication, la collaboration et la proactivité. En contrepartie à ces nouvelles exigences, la quasi-totalité des bibliothèques soutiennent activement le développement professionnel des bibliothécaires. Enfin, bien que des statistiques soient colligées pour les différentes activités de liaison (rendez-vous de référence, séances de formation documentaire, dépenses en développement de collections, etc.), moins de la moitié des institutions évaluent présentement de façon formelle l’impact général des programmes de liaison.
« Many respondents reported that library liaisons “keep the library relevant” because they are engaged in relation­ships and partnerships that enable the library to grow and evolve in appropriate and valuable directions. »

Reimagining Liaison Librarianship

Le sujet de l’évaluation de l’impact des activités de liaison au sein de l’organisation a ensuite été abordé par Judy Ruttenberg.  C’était le thème principal du Library Liaison Institute tenu en 2015 et qui réunissait une cinquantaine de bibliothécaires provenant des universités Cornell, Columbia et de Toronto (voir le rapport du colloque). À leur arrivée, les participants étaient d’accord sur deux points : 1) les bibliothécaires de liaison ont trop de tâches et pas assez de temps, et 2) les bibliothèques devraient se définir selon les besoins de leurs utilisateurs, et non par les services qu’elles rendent. Les participants ont ensuite tenté, au moyen de scénarios et de mises en situation, d’articuler quels changements de mentalités seraient nécessaires pour améliorer la situation actuelle. On pourrait résumer les grandes lignes de l’exercice ainsi :
Situation actuelle
Situation désirée
Centrée sur les services
Centrée sur l’impact
Avancer les objectifs des bibliothèques
Avancer les objectifs de l’université
Procurer de l’information
Procurer des conseils
Servir
Collaborer

Le webinaire de M.J. D’Elia Running a Value Proposition Exercise in Your Library résume une partie des activités du Library Liaison Institute. On y donne des pistes pour créer et tester des propositions de valeur dans une bibliothèque. Ce modèle est utilisé dans le domaine des affaires : définition des clients, segmentation, description des produits et services, bénéfices pour les utilisateurs, etc. Une proposition de valeur type : Notre [produit ou service] aide [segment de la clientèle visé] qui veut [tâche qui doit être réalisée] par [description de notre solution]. Un exemple dans notre contexte : Notre dépôt institutionnel aide les professeurs en début de carrière à augmenter l’impact de leurs publications en favorisant l’accès à leur recherche. On doit ensuite tester la proposition auprès de l’usager. Au retour du colloque, les trois bibliothèques universitaires participantes ont entrepris des réflexions et des actions stratégiques sur leurs propres programmes de liaison.

Subject Liaisons in Academic Libraries: An OA Dataset

Pour clore cette table ronde, Anne Langley et Neil Nero ont présenté un jeu de données, disponible en libre accès, portant sur les activités de liaison. Les réponses de 1808 participants à un  questionnaire de 29 questions sont ainsi colligées ici. On y apprend notamment que 80 % des répondants soutiennent les activités de plus d’un département ou discipline. Ce jeu de données pourrait par exemple servir d’étalon dans l’évaluation des pratiques en cours chez vous.

Steering Change in Liaisonship: A Reverse Engineering Approach

Eric Resnis et Jennifer Natale ont également fait le constat que les changements technologiques ont engendré une confusion quant aux rôles et responsabilités des bibliothécaires de liaison à l’Université Miami d’Oxford, en Ohio. La liaison est souvent disciplinaire, mais peut aussi être fonctionnelle et être liée à un service particulier, comme le Data Librarian. De plus, les activités menées en silo et sans normalisation, selon les priorités et styles de chacun, résultent en une qualité de service variable selon les unités et départements. On a donc décidé d’analyser en profondeur le programme de liaison avec l’objectif d’impliquer activement les bibliothécaires dans la réflexion. L’approche choisie permet de conserver les éléments satisfaisants tout en posant un regard critique sur les modifications à apporter.
Pour ce faire, trois ateliers ont été organisés. On y a successivement abordé les caractéristiques communes de l’emploi, les bonnes pratiques qui pourraient servir de cadre pour un service de qualité, et les modèles de service utilisés dans d’autres universités. À la fin de l’exercice, il n’y avait pas vraiment de consensus sur le rôle et les attentes des bibliothécaires de liaison…
Néanmoins, les discussions ont alimenté la création d’un cadre conceptuel pour le programme de liaison disciplinaire, où quatre éléments centraux ont été identifiés, chacun étant assorti d’un objectif :
  1. Engagement;
  2. Enseignement et apprentissage;
  3. Gestion et développement des collections;
  4. Soutien à la recherche.
De plus, quatre liaisons fonctionnelles impliquent une collaboration active entre tous les bibliothécaires, soient : la communication savante et le libre accès, les données numériques et de recherche, les services aux étudiants, et les collections spéciales et archives. On a ensuite mis au point un plan d’implantation.
Pour l’évaluation du programme de liaison, on a choisi une approche à deux niveaux. Le programme lui-même est évalué par le biais d’un questionnaire auprès d’un échantillon de professeurs. Les bibliothécaires sont invités de leur côté à consigner annuellement leurs activités selon 3 catégories : responsabilité professionnelles de base (librarianship), services et mission professorale (scholarship). On évalue ensuite la proactivité et la progression de l’individu selon trois échelons de qualité appliqués aux quatre éléments discutés ci-dessus.

En conclusion, ces présentations m'ont convaincue que nous sommes maintenant à un carrefour où il est primordial de procéder à une réflexion de fond sur le rôle des bibliothécaires de liaison dans notre organisation.

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