lundi 29 juin 2015

Un laboratoire pour laisser libre cours à son inspiration

J'aime bien visiter les bibliothèques publiques lorsque je voyage (on ne se refait pas), et je n'ai pas été déçue par la Vancouver Public Library, qui propose à ses abonnés un espace de création très intéressant depuis quelques semaines.
Stations de conversion de cassettes audio et VHS et mini-salle de formation
L'Inspiration Lab permet la réservation et l'utilisation de cinq salles d'enregistrement, et propose plusieurs postes informatiques équipés de nombreux logiciels d'édition vidéo, de même que des stations de conversion de cassettes audio ou VHS en fichiers numériques. Le laboratoire comprend aussi une mini-salle de formation (voir le calendrier) où l'on enseigne notamment comment créer un podcast ou encore un diaporama avec des photos de vacances. Enfin, on a préparé plusieurs guides fort utiles, par exemple pour s'initier soi-même à l'utilisation de Skype ou bien à l'auto-publication de nos mémoires.
L'un des 5 studios d'enregistrement
J'ai posé plusieurs questions indiscrètes à Michelle, technicienne spécialisée. Elle m'a indiqué que les commentaires des usagers sont très positifs jusqu'à maintenant et que les salles et équipements sont réservés à une bonne fréquence. Certains incluent même la bibliothèque dans les remerciements à la fin de leur production vidéo diffusée sur YouTube. Le personnel a dû suivre quelques formations afin de s'initier aux différents logiciels, mais afin de limiter le personnel déployé sur place, on a plutôt opté pour un abonnement à la ressource lynda.com, qui contient plus de 3000 tutoriels en ligne. Il semble que les usagers se débrouillent très bien ainsi.

dimanche 28 juin 2015

Le futur de la santé: la e-santé et au-delà

Une plénière sans diaporama? Pourquoi pas! Lors de la conférence de fermeture du congrès de l'ABSC, Jesse Hirsh a voulu nous faire réfléchir sur l'importance que nous accordons à Internet dans nos vies, et démontrer comment les soins de santé seront profondément bouleversés par notre relation avec cette nouvelle autorité.

Le pont de la rue Burrard
 Première constatation: auparavant, ce sont les médias qui décidaient qui avait l'autorité nécessaire pour apparaître dans leurs pages... alors que maintenant, le Globe and Mail ou Radio-Canada vont relayer les messages d'un quidam sur Twitter. Tout le monde et n'importe qui peut s'improviser expert dans n'importe quelle matière, incluant la santé. Chacun détermine quel canal d'information lui convient, que ce soit celui d'une gourou comme Gwyneth Paltrow ou celui de la pratique factuelle.

Une courbe d'apprentissage est associée avec la navigation sur Internet (voir à ce sujet un billet précédent). On constate l'émergence d'une littératie à deux niveaux, et ce, que l'on soit un professionnel de la santé ou un patient. Jesse Hirsh a donné l'exemple de son gastro-entérologue qui ne souhaite pas communiquer par courriel avec ses patients pour renouveler des ordonnances ou utiliser les dossiers informatisés, ce qui affecte ultimement ses relations avec ses patients, car M. Hirsh a préféré consulter ailleurs. À l'opposé, son médecin de famille a apprivoisé la conversation virtuelle, entre autres pour répondre aux interrogations de son patient qui lui demande un avis sur des traitements trouvés sur le Web. Le patient partenaire et l'e-patient veulent obtenir les meilleures informations afin de comprendre et apprivoiser leur maladie. Cependant, afin d'assurer l'universalité des soins de santé, on doit impérativement reconnaître l'importance de la littératie en santé, car un patient compétent jumelé avec un professionnel compétent recevra de meilleurs soins.

Selon Jesse Hirsh, cette universalité des soins est menacée par l'autorité cognitive qui est de plus en plus conférée à des compagnies qui proposent des produits de santé selon notre navigation sur le Web. Les Google et autres Apple de ce monde ont compris que la meilleure façon de vendre plus de téléphones dans un marché saturé est de répondre aux insécurités des consommateurs face à leur santé en y ajoutant des applications. Par exemple, Scanadu Scout collecte plus de données via quinze différents indicateurs en une journée que dans l'ensemble de votre dossier médical! Ces outils peuvent certes encourager de saines habitudes de vie,  mais peuvent aussi générer des faux positifs. Scamification ou gamification? le jeu propose une motivation pour s'impliquer dans sa propre santé, mais selon Jesse Hirsh, la littératie devrait plutôt primer.

C'est pourquoi notre conférencier suggère que les bibliothécaires pourraient s'impliquer et devenir les gardiens de l'universalité du système de santé. Ils peuvent enseigner à la population comment naviguer sur le Web pour identifier des sources d'information fiables. Un mouvement social est requis pour faire la promotion du libre accès à l'information tout en dépolarisant les compagnies qui ont pris toute la place en e-santé. Tasse-toi Gwyneth, les bibliothécaires arrivent à la rescousse?!



lundi 22 juin 2015

Quelle est la valeur de votre bibliothèque?

Le guide Library Value Toolkit produit par le Health Science Information Consortium de Toronto a été lancé l'automne dernier; je vous invite à le consulter, particulièrement dans le contexte actuel de restructuration des centres hospitaliers au Québec. L'outil se veut court et informatif, comprend des infographies et inclut un glossaire.

Mirian Ticoll, Jeanna Hough et Sheila Lacroix ont présenté les résultats d'une évaluation sommaire de cet outil. L'analyse du trafic Web sur une période de 6 mois a démontré près de 5000 visionnements. Le lien le plus populaire dans le guide pointe vers les compétences de bibliothécaires de santé du HLWiki.

Un sondage a été lancé via le guide et sur diverses listes de discussion. 40 personnes y ont répondu (bien que 219 autres personnes aient décidé de ne pas le compléter).
  • La qualité du contenu, l'aspect pratique et l'applicabilité de l'outil ont été reconnus par les répondants. 
  • Plusieurs ont noté que leur perception de faire partie d'une équipe de travail a augmenté suite à la consultation du guide. 
  • À noter: 26% des répondants croient que l'utilisation du guide leur a permis d'éviter des coupes budgétaires. 
  • Parmi les commentaires reçus, un participant a mentionné avoir utilisé ce guide lors de la rédaction de son rapport annuel.
Cette évaluation est certes préliminaire mais les présentatrices croient avoir atteint plusieurs de leurs objectifs, et poursuivront la mise à jour du guide. Il existe bien sûr d'autres outils similaires à celui-ci, mais ne manquez pas d'y jeter un coup d'oeil!
Vancouver vue des Queen Elizabth Gardens

Séance d'affiches: ma préférée


La séance d'affichage proposait une trentaine d'affiches, et je vous invite à visiter le site du congrès pour les visionner car elles ont déjà été téléchargées.
Michelle présente ses résultats
J'ai apprécié le partage d'expérience de prêt de tablettes électroniques par Pam Richards et Ekaterina Lolova, mais mon vote de préférence est allé à l'affiche icanhazpdf? User Requests for Medical Literature on Twitter par Michelle Swab et Kristen Romme. L'affiche a d'ailleurs remporté la seconde place du Prix du public. Ce phénomène de partage rapide et efficace (mais néanmoins douteux quant au respect du droit d'auteur et des licences d'utilisation) peut être résumé ainsi:
  • Un utilisateur publie sa requête pour un article en incluant 1) un lien vers celui-ci (notice PubMed ou DOI), 2) une adresse courriel pour la réception du document et 3) le mot-clic #icanhazPDF;
  •  Dès que le document est fourni par un autre utilisateur qui y a accès, le tweet original est effacé.
Il y a eu une présentation à ce sujet lors du dernier congrès de l'ACRL, et j'étais curieuse de connaître l'étendue du phénomène au Canada et spécifiquement au domaine des sciences de la santé. Les auteures ont collecté environ quatre mille tweets utilisant le mot-clic #icanhazpdf pendant une période de trois mois; une fois les retweets et tweets automatisés exclus, l'ensemble de données contenait environ mille gazouillis. Les requêtes d'articles scientifiques en sciences de la santé constituaient seulement le tiers du total, provenant de 232 revues différentes. La majorité des requérants étaient affiliés à une institution d'enseignement (45,7%).

Cette étude, en accord avec les données d'un sondage sur l'utilisation de Twitter par les étudiants et professeurs de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal par moins de 5% des répondants, me fait conclure que le phénomène #icanhazpdf est probablement encore marginal chez nous. Tout de même, il est pertinent d'essayer de comprendre quelles sont les attentes de nos usagers quant à l'obtention d'articles par d'autres moyens que le prêt entre bibliothèques, que ce soit par la voie traditionnelle du courriel ou via les médias sociaux.

samedi 20 juin 2015

Surfer sur la vague du changement: congrès ABSC-CHLA 2015

Me voici maintenant  à Vancouver, cadre enchanteur pour le 39e congrès de l'ABSC. Le temps est ensoleillé, mais peu de temps pour en profiter. J'ai participé hier à la première de deux réunions du conseil d'administration de l'association; je rédigerai sous peu un billet résumant mes impressions après une première année d'implication en tant que secrétaire (et webmestre par la force des choses). Mais pour le moment, voici un résumé de la première séance à laquelle j'ai assisté.

Vancouver vue de Stanley Park
Blurred lines : a Conversation About the Roles of Librarians and Library Technicians in Health Libraries

L’interdisciplinarité est un sujet populaire ces temps-ci, mais s’arrête-t-on parfois pour réfléchir à notre relation avec nos collègues de toujours? Ce panel proposait une discussion sur deux professions complémentaires : les techniciens en documentation et les bibliothécaires.

La gestion du changement
La modératrice a fait le constat que les définitions de tâches de chacun ne sont pas coulées dans le béton, et ont subi des modifications drastiques au cours des dernières années.
·      Une technicienne travaillant dans 3 différents hôpitaux nous a raconté qu’elle effectue des tâches qu’elle ne croyait pas devoir accomplir un jour dans le cadre de son travail, comme l’acquisition de documents.
·      Selon une bibliothécaire qui était anciennement technicienne, les études supérieures lui ont apporté une vision globale qui lui a permis d’apprivoiser plus efficacement l’évolution de sa bibliothèque. Elle dépend cependant de sa collègue technicienne pour accomplir certaines tâches auxquelles cette dernière n’est pas préparée; la formation continue reste un enjeu pour les deux professions.
·      L’auto-apprentissage est aussi une solution dans certains milieux qui ne soutiennent pas formellement la formation continue. Une bibliothécaire s’est inscrite à un cours en ligne afin d’acquérir de nouvelles connaissances.
·      Pour les bibliothécaires, on s’attend maintenant à de nouvelles compétences : plus grande implication dans la planification stratégique, collaboration interprofessionnelle, leadership et prise de décision, évaluation des services. L’expertise de chacun des membres de l’équipe est valorisée afin de fournir une courtepointe de services.
·      Certains milieux démontrent une distinction claire entre les tâches professionnelles, alors que dans de petites bibliothèques, tous mettent la main à la pâte et on observera plus d’entraide professionnelle entre bibliothécaires et techniciens.

Bibliothécaires et techniciens en documentations: un couple bien assorti
Une participante a souligné que c’est vraiment l’engagement de la personne, et non pas son statut professionnel, qui fera la différence dans le travail au quotidien. Et je suis entièrement d’accord avec elle! Deux membres de l’assemblée ont témoigné comment les deux professions cohabitent dans leurs milieux respectifs.

J’ai personnellement la chance de travailler avec trois techniciens en documentation qui repoussent leurs limites à tous les jours. Leurs compétences sont bien différentes de celles utilisées par leurs prédécesseurs.
·      Ils répondent à la majorité des questions de référence (en personne, au téléphone et par clavardage), ce qui permet aux bibliothécaires de se dégager du temps pour des consultations plus en profondeur.
·      Nos techniciens peuvent initier les étudiants à l’utilisation de logiciels de gestion bibliographique, et nous soutenir lors de formations de groupe.
·      Ce sont aussi eux qui forment les étudiants à la recherche dans le catalogue et leurs présentent les ressources de la bibliothèque.
·      Sans compter qu’ils font aussi la saisie des suggestions d’achat, mettent à jour notre base de données des livres recommandés dans les plans de cours, participent à l’élagage de notre collection de référence, etc.
Le succès d’une équipe réside dans sa complémentarité. Nancy, Frédéric et Sarah-Julie, je vous dis merci!